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Gabon/Quand la politique joue au psychiatre, les magistrats prescrivent une leçon de droit et donnent des avertissements

Libreville, le 16 Mars 2025. BWM-À force de distribuer des diagnostics à l’emporte-pièce, certains responsables politiques finissent par provoquer une consultation générale… mais cette fois, ce sont les magistrats qui ont pris la parole.

À Libreville, le Syndicat National des Magistrats du Gabon (SYNAMAG) est monté au créneau ce 16 mars 2026 pour répondre aux propos du deuxième vice-président du Conseil économique, social, environnemental et culturel (CESEC), Geoffroy Foumboula Libeka Makosso, qui aurait qualifié les magistrats de « malades mentaux ». Une formule aussi brutale que spectaculaire, qui n’a évidemment pas manqué de faire réagir le corps judiciaire.

Dans une déclaration officielle lue à l’issue d’une assemblée générale à Libreville, le président du syndicat, Landry Abaga Essono, a choisi une riposte mesurée… mais tranchante. Les magistrats, a-t-il rappelé, rendent la justice « au nom du peuple gabonais » et ne sauraient être transformés en cible d’invectives politiques.

Dans la vie publique gabonaise, les débats sont souvent passionnés. Mais lorsque les juges deviennent des patients imaginaires, le débat cesse d’être juridique pour virer au théâtre politique. C’est précisément ce que dénonce le SYNAMAG.

Le syndicat reconnaît avoir entendu les tentatives d’excuses du responsable politique. Mais, selon les magistrats, ces regrets avaient l’air « contraints » et « peu convaincants ». Traduction diplomatique : l’ordonnance d’excuse était probablement prescrite sous pression.

Au-delà de la polémique, les magistrats ont tenu à rappeler une vérité simple : un magistrat reste un justiciable comme les autres. S’il commet une faute, la loi prévoit des mécanismes pour engager sa responsabilité. Autrement dit, la justice gabonaise ne fonctionne pas avec une caste d’« intouchables ».

En revanche, accuser tout un corps professionnel d’être atteint de troubles mentaux sans preuve relève, selon le syndicat, moins de la critique politique que de la diffamation.

Le communiqué se termine sur un avertissement à peine voilé. Par « mansuétude », les magistrats n’ont pas engagé immédiatement de poursuites dans cette affaire. Mais leur patience, disent-ils, a des limites.

Message clair à l’attention de la classe politique et des leaders d’opinion : l’institution judiciaire n’est ni un punching-ball médiatique ni un terrain de spectacle pour responsables en quête de visibilité.

Au fond, cette affaire révèle un paradoxe bien gabonais : dans un pays où tout le monde réclame la justice, certains semblent découvrir qu’elle existe… surtout lorsqu’elle répond.

Car si les magistrats sont « malades », ils ont au moins un symptôme persistant : celui de rappeler que la loi reste la même pour tous, y compris pour ceux qui parlent un peu trop vite au micro.

Et dans ce diagnostic-là, le remède est simple : un peu de retenue, beaucoup de responsabilité… et, pourquoi pas, une dose de respect institutionnel.


Guy vianney NGOSSANA

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